Les classes passerelles et le défi de la scolarisation en zone cacaoyère

La Côte d’Ivoire se veut une nation émergente à l’orée 2020. Néanmoins, il faut avouer qu’avec un taux d’alphabétisation de 56.9%, elle est encore loin des standards des pays émergents.

Pour corriger ce retard, l’Etat de Côte d’Ivoire a fait du secteur de l’éducation un axe majeur de son plan de développement 2016-2020. La récente loi sur l’éducation rendant gratuite et obligatoire la scolarisation des enfants âgés de 6 à 16 ans vise à ce que tous les enfants puissent accéder à l’enseignement primaire et au premier cycle du secondaire, afin d’acquérir les compétences nécessaires pour poursuivre leurs études ou rejoindre la population active.
En appui à cette loi, le gouvernement a décidé de faciliter l’accès aux fournitures et autres équipements liés à la scolarisation dans toutes les régions de Côte d’Ivoire notamment les plus reculées.
Cependant, force est de reconnaitre que, malgré la bonne volonté des pouvoirs publics, l’éducation et surtout l’éducation gratuite n’est pas accessible dans de nombreuses zones du pays.

 

« L’Etat nous a oubliés ! »

Prenons le cas de la ville de Gagnoa, grande zone de production du cacao. Cette région regorge de plusieurs campements de planteurs produisant et ne vivant que de cette culture. Cependant, il existe peu d’écoles desservant ces zones, parfois fortement éloignées des routes principales. Voulant ardemment que leurs enfants « connaissent papier » et deviennent « des grands types », les planteurs de ces localités n’ont d’autres recours que de construire et équiper eux même les salles de classes (y compris les fournitures des élèves). Leur apport va dans certains cas au recrutement et au paiement des enseignants bénévoles pour assurer les cours à leurs enfants. Malheureusement, tous les planteurs n’ont pas suffisamment de revenu pour contribuer financièrement à la scolarisation de leur progéniture.

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Une des principales difficultés qu’ils connaissent, est l’écoulement de leur production. M. Kouame Konan B. de Broukouassikro (toujours à Gagnoa), explique que les planteurs sont très souvent obligés de vendre leur cacao moins cher afin d’éviter qu’ils pourrissent dans leurs mains, tout en sachant qu’ils le feront à perte (inférieur au prix fixé par l’état de Côte d’Ivoire) : « Nous n’avons pas le choix ! » a-t-il dit.
Quant à M. Tawale Gnawa, il a évoqué le mauvais état des pistes villageoises (boueuse et glissante en raison d’une forte pluviométrie) comme la raison des difficultés d’écoulement de leurs produits. « L’Etat nous a oublié ou quoi ? Si non, pourquoi la route est-elle pareille ?! » a-t-il demandé, le cœur meurtri.
Les paysans n’ayant pas de route praticable pour évacuer leurs produits, voient augmenter les frais de transport de leurs matières premières vers la ville.
Ainsi, avec des revenus à peine suffisant pour assurer leur survie, les braves planteurs de la région du Goh rechignent à en affecter une partie au financement d’une école et/ou au paiement des frais de scolarité de leurs enfants. Par ailleurs, n’ayant personne pour garder ces derniers lorsque les parents sont aux champs, leurs enfants les accompagnent dans leurs champs, venant ainsi accroître le phénomène tant décrié des enfants travailleurs dans les plantations de cacao.

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Les classes passerelles : la panacée ?

Face à ces difficultés que rencontrent les populations, le projet de la fondation Jacobs avec les classes passerelles représente une aubaine pour ce village de Broukouassikro. En effet, visant l’amélioration de la qualité de l’éducation, ces classes constituent une transition entre les champs et le cursus normal de l’Education nationale pour ces enfants, qui permettra, à la fin de les orienter dans les classes du système normal en fonction de leurs résultats après une évaluation finale.
L’avènement des classes passerelles, constitue un soulagement des populations de ce village, qui voit son désir de scolariser sa jeunesse satisfait sans qu’il n’y ait de frais à payer.
Toutefois, étant temporaire, les enfants quitteront nécessairement ces classes passerelles et la population sera de nouveau confrontée à l’état des routes et aux différents frais scolaires à payer, malgré la gratuité des cours voulus par l’Etat. La qualité de leur éducation, se verra donc affectée.

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Pour résumer, la scolarisation des enfants dans les régions reculées du pays, particulièrement en zone cacaoyère, demeure encore un défi pour les pouvoirs publics. L’accès à l’éducation et sa gratuité n’est pas encore une réalité pour bon nombre d’enfants de planteurs. Des initiatives comme celle de la fondation Jacobs sont certes salvatrices, mais restent des solutions temporaires, insuffisantes compte tenu du besoin et des capacités de réponse de cette institution.
Il faudrait une étroite collaboration entre le Ministère de l’Education Nationale et ce type d’organisation afin de donner une réponse coordonnée aux besoins de scolarisations. Tout ceci sans oublier un suivi important des activités qui seront menées.

 

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